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Walungu-Kabare-Kalehe : attentes d’un peuple longtemps meurtri par les groupes armés; justice ou rien

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Plusieurs habitants des groupements de Mulamba et Kaniola, chefferie de Ngweshe dans le territoire de Walungu ainsi que Luhago et Irhegabarhonyi, chefferie de Kabare dans le territoire qui porte le même nom réclament justice et réparation après avoir subi des cas de violations de leurs droits par le groupe armé Raiya Mutomboki dirigé par MAHESHE.

Ceci ressort de différents entretiens réalisés avec les acteurs de la société civile des entités précitées dans le souci de récolter les besoins en justice des populations victimes des exactions de ce groupe armé.

Pour BYAMUNGU ZALUKE, Président de la société civile de Luntukulu, les victimes sont très nombreuses qui sont prêtes à témoigner mais n’ont jamais eu l’occasion de s’exprimer sur ce qu’elles ont subi.

« moi, je vis avec des gens qui ont vu leurs maisons incendiées, des biens volés, des enfants et membres de famille tués. D’autres ont fui leurs habitations du fait de l’activisme du groupe armé Raiya Mutomboki. Il y a environ 307 familles répertoriées. Non seulement elles n’ont jamais eu l’occasion de s’exprimer ou alors un endroit où témoigner mais aussi elles ont peur. Ces gens ont peur pour leur sécurité ; Ils ont des plaies encore fraiches. Moi-même suis une victime ; Je ne pouvais pas supporter ce qui s’est passé car c’était pire que la violation des droits humains, alors j’ai été obligé de dénoncer. Ce Mr et son groupe n’ont pas supporté et j’ai subi des menaces de mort. J’ai été contraint à l’exil durant près de huit mois. Heureusement durant ces mêmes mois, il a été démobilisé », explique-t-il, avant de poursuivre « ces victimes ont peur et elles ont raison. Il a été démobilisé oui mais lui et ses gens sont toujours dans la communauté. D’ailleurs il a fait semblant de remettre 7 armes mais il en a gardé d’autres. C’est avec elles qu’il continue à intimider les gens pour les contraindre au silence. Surtout qu’ils ont été remis au sein de la communauté sans aucune garantie de réinsertion ».

BYAMUNGU ZALUKE précise qu’en tant que représentant de la communauté, il ne peut jurer que sur l’organisation d’un procès pour rendre justice et pacifier l’entité une fois pour toutes. Il prévient néanmoins que, du point de vue sécuritaire, il n’est pas indiqué que de telles audiences se tiennent sur place.

Ces propos sont également relayés par le Président de la Société civile de Kaniola BALAGIZI BAHOGWERHE Black. Ce dernier reconnaît que Kaniola n’a pas été fortement affecté par l’activisme du groupe Raiya Mutomboki dirigé par MAHESHE.

Néanmoins, précise BALAGIZI BAHOGWERHE Black, Kaniola est un groupement qui a accueilli des déplacés et même des blessés. Bien plus, des dégâts collatéraux y étaient enregistrés d’où, plaide-t-il, il n’est pas bien indiqué de laisser les membres de ce groupe armé courir en toute liberté au sein de la société.

Pour le Président de la société civile du territoire de Kabare, la chefferie de Nindja a été meurtrie par l’activisme de ce groupe armé. Il ajoute par ailleurs que MAHESHE est un Fils de ce terroir qui a choisi les armes au lieu de servir les siens.

« Mr MAHESHE et son groupe armé ont terrorisé tout le groupement de Luhago. Je me rappelle qu’ils ont enlevé, torturé et tué le Pasteur de la 8ème CEPAC Luhago. Ils sont à la base de plusieurs exactions sur les populations civiles. Certes qu’il s’est rendu auprès de la MONUSCO mais c’était de la pure hypocrisie. Son groupe armé en connivence avec d’autres ont causé les déplacements des populations. Des villages entiers ont été vidés. Dans ces déplacements, nombreux se sont dirigés à Kalonge dans le territoire de Kalehe, Ihembe dans le territoire de Kabare ainsi que Kaniola et Nzibira dans le territoire de Walungu », explique Emmanuel BENGEHYA.

En rapport avec les victimes, la société civile de Kabare parle d’un état d’esprit sous terreur. Néanmoins, rassure Emmanuel BENGEHYA, toutes les victimes cherchent un retour apaisé chez eux et que justice soit faite.

« les victimes sont nombreuses et facilement identifiables si seulement les conditions de sécurité sont garanties. Moi j’ai réussi à réunir au niveau de Kalonge plus de 300 déplacés parmi lesquelles les victimes du groupe MAHESHE. Elles sont prêtes à témoigner et exiger justice. En tout cas, elles sont prêtes à charger ces rebelles en justice. D’ailleurs, lorsqu’il a été démobilisé, j’ai eu plusieurs appels pour me condamner. Avec cette démobilisation, nombreux ont perdu espoir à la possibilité de l’organisation d’un procès », ajoute la société civile.

Des réticenses pour des raisons sécuritaires et de paix

Le contexte du groupement de Mulamba semble particulier. En effet, MAHESHE s’est rendu au gouvernement à travers la MONUSCO et vit actuellement au sein de la même communauté victime de ses exactions.

Cette situation place plusieurs acteurs dans la difficulté de prendre position quant à la pertinence de l’organisation d’un procès contre lui. Ceci prouve en effet, la dangerosité encore permanente des membres de ce groupe qui pourrait à tout moment recourir aux représailles contre ceux qui tenteraient de hausser la voix.

Pour le Président de la société civile de Mulamba, le pardon a été accordé à MAHESHE et son groupe du moment qu’ils se sont rendus au gouvernement.

« en tout cas, nous pouvons dire que nous avons accordé notre pardon à MAHESHE et on a tourné la page. Oui. Nous pouvons dire que nous l’avons amnistié. Nous avons peur que s’il est traduit en justice, il puisse reprendre les armes et revenir à ses anciennes habitudes. Nous l’avons d’ailleurs encouragé lorsqu’il a décidé de déposer les armes et se rendre au gouvernement », a expliqué brièvement Mr Jean Claude, Président de la société civile de Mulamba.

Des propos soutenus par la société civile de Kaniola Mr. BALAGIZI BAHOGWERHE Black. « Ça peut être une bonne chose s’il est traduit en justice mais il y a une crainte qu’il reprenne les armes et cause encore plus de dégâts contre la population », a-t-il déclaré.

Notons que ce dossier se trouve encore à sa la phase pré juridictionnelle, des premières enquêtes ont déjà été menées par l’Auditorat Militaire de Garnison de Bukavu qui poursuit son travail dans ce dossier avant de saisir le tribunal pour des audiences à venir.

Article rédigé avec le soutien et l’appui financier de RCN Justice & Démocratie.

Par Etienne MULINDWA

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